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L'action directe suivi de le Sabotage par Émile Pouget

L'ouvrage :
Publié vers 1904, L’Action directe d’Émile Pouget est un appel à l'union et à la lutte des travailleurs contre l'exploitation capitaliste. Rejetant tout transfert de pouvoir à une quelconque autorité, à un quelconque parti, l'auteur les invite à s'organiser eux-mêmes pour résister et renverser la minorité possédante qui les « emploie ». Car c'est sur le terrain même de l'exploitation — dans les usines, dans les ateliers, dans les bureaux — que doit se conduire la révolution sociale. Ce n'est que par un combat direct et quotidien, un combat de détails d'abord mais visant à la transformation radicale du système de production par l'abolition du salariat, que les travailleurs pourront enfin se réapproprier leur travail et n'être plus les instruments de l'enrichissement personnel de quelques-uns.
Le Sabotage, paru vers 1910, constitue en quelque sorte le prolongement par l’exemple de l'appel lancé dans L’Action directe. Car il est une des formes (avec, entre autres, le boycott et la grève) que celle-ci peut prendre. Émile Pouget nous en retrace l’histoire et, à travers de nombreux exemples pris en Europe et aux États-Unis, nous indique les diverses manières de l'appliquer selon les situations. Reprenant l’idée capitaliste selon laquelle le travail n’est qu’une marchandise, cette méthode de résistance se fonde sur un principe simple : « À mauvaise paye, mauvais travail ! » Elle consiste alors à agir sur la production, en ralentissant son rythme ou en influant sur sa qualité, pour toucher le patronat là où c’est le plus douloureux pour lui : ses bénéfices.

Lire un extrait

[Épuisé]

ISBN 978-2-918156-01-7
11 x 17 cm, 138 p.
11 euros

L'auteur :
Né en 1860, Émile Pouget s’investit très tôt dans le mouvement ouvrier. En 1879 en effet, il participe déjà à la création du premier syndicat d’employés à Paris. Fondant en 1889 son journal, Le Père peinard, il s’attache à éveiller les consciences ouvrières en dénonçant notamment l’illusion de la lutte politique. Il prône déjà l’action directe et la grève générale comme instruments de lutte préalables à la révolution.
Au milieu des années 1890, alors que les anarchistes, suite à l’ère des attentats, restent divisés sur la question de savoir s’il leur faut ou non entrer dans les syndicats, Émile Pouget milite activement en faveur de leur entrée. Et lui-même s’y investit pleinement, jouant un rôle de plus en plus important au sein de la jeune Confédération générale du travail où il défend la tendance révolutionnaire du syndicalisme contre les réformistes. Il y fait notamment adopter en 1897 le principe du sabotage comme moyen d’action sur le patronat, et les revendications, en 1904, sur la journée de huit heures et le repos hebdomadaire. Il prend aussi en charge, à partir de 1900, le premier organe de presse de la CGT : La Voix du Peuple.
En 1906, il participe à la rédaction de la motion qui sera adoptée par la CGT lors du congrès d’Amiens. Cette adoption signe la victoire — temporaire — du syndicalisme révolutionnaire au sein de la Confédération en affirmant l’autonomie syndicale quant aux partis politiques et la perspective, outre l’obtention d’améliorations immédiates pour les travailleurs, de leur émancipation intégrale par l’abolition du salariat et l’expropriation capitaliste.
Après avoir tenté, en 1909, de lancer un grand quotidien syndicaliste révolutionnaire, La Révolution, qui cessera rapidement faute de moyens, Émile Pouget se retire du mouvement syndicaliste et meurt discrètement en 1931.



Ce qu'en dit la presse

Le Ravi, n°63 (mai 2009)
« Vivre la grève générale !
Voilà un petit ouvrage dans lequel plusieurs dirigeants (sinon tous) des huit grandes organisations de l'intersyndicale organisatrice des festivités du 1er mai devraient se plonger : L'Action directe d'Émile Pouget. Publié par la toute nouvelle et indépendante maison d'édition marseillaise Le flibustier - qui s'est donnée pour mission de rééditer "des textes contestataires à tendance libertaire aujourd'hui introuvables mais qui, malheureusement, demeurent toujours autant d'actualité" -, ce texte est un bonheur de manifeste de l'anarchosyndicalisme (1904). Son auteur, figure du mouvement ouvrier français à la fin du XIXe et du début du XXe siècle, y plaide donc pour l'action directe, "la manifestation de la force et de la volonté des ouvriers". Mais il défend également les "améliorations partielles" - "importantes car elles libèrent le temps préalable à la grève générale" - et, surtout, "le sabotage". Développée dans le second texte du recueil, cette méthode de résistance est résumée d'une formule simplissime par Émile Pouget : "A mauvaise paye, mauvais travail !" Son objectif : toucher le patronat là où ça fait mal, ses bénéfices. Moult exemples prouvent qu'il ne s'agit pas d'une lubie. Un joli livre de recettes pour rééquilibrer le rapport de force entre salariés et employeurs. » J. F. P.


Revue Arès (2009)
« Du syndicalisme révolutionnaire
Émile Pouget (1860-1931) a symbolisé l’anarchosyndicalisme tel qu’il s’est développé à la fin du XIXe et en ce début du XXe siècle. Évidemment, la CGT (Confédération Générale du Travail) a, depuis longtemps, renié ses origines anarchisantes. Le syndicalisme, si l’on suit feu John Kenneth Galbraith, a même été soutenu par l’État après la seconde guerre mondiale ; tant il représentait un garde-fou indispensable pour le fonctionnement du système économique. Il était, en effet, devenu l’organisation nécessaire pour permettre l’équilibre entre les différentes forces (entreprises, distributeurs, etc.). Il n’est plus rien aujourd’hui, car la donne économique a fondamentalement changé. Le triomphe du "néolibéralisme" inspiré par Milton Friedman se caractérise par le développement d’un capitalisme sans entrave aucune. Le syndicat est, au mieux, une gène pour les capitalistes ; au pire, son existence n’a plus guère d’intérêt du fait qu’elle a voué, pendant plusieurs décennies, son destin à celui d’une économie dominée par le rôle de l’État.
Partant, le livre de Émile Pouget, et tout particulièrement le texte intitulé L’action directe (1904), aide à une réflexion en ce qui concerne le renouveau du syndicalisme actuel. Il n’est plus temps désormais à la négociation avec des partenaires politiques qui penchent peu ou prou en faveur de ceux qui dirigent, en fin de compte, l’économie. Le rôle de l’État consiste à soutenir le secteur privé, et la confusion avec le secteur dit public est telle que ce dernier est condamné fatalement à disparaître. En résumé, le syndicalisme est, au fond, perdu s’il pense pouvoir attendre la décision politique indéfiniment. Au contraire, si je me réfère à Pouget, les dominés sur le plan économique (ouvriers, employés…) doivent s’organiser de telle manière que chacun apporte sa contribution à l’effort syndical. Ce qui veut dire que le syndicat n’a pas à se limiter à une simple représentation, mais doit accueillir l’ensemble de ceux qui souhaitent lutter pour une amélioration de leurs conditions matérielles.
À l’époque de Pouget, il était surtout question de la soi-disant loi d’airain des salaires, c’est-à-dire ce principe a priori suivant lequel l’employeur fixe lui-même les salaires en raison de l’offre et la demande de travail. Conforme à l’idéologie des vulgarisateurs de la thèse classique, cette loi a été remplacée par celle de la concurrence : l’entreprise est contrainte ou bien de fermer et de mettre "subsidiairement" au chômage, ses salariés ; ou bien encore de délocaliser au profit d’une main d’œuvre plus docile et, surtout, à meilleure marché. Plus exactement, l’employé a le choix entre une baisse significative de ses avantages en termes de repos ou de salaire et… la porte ! Fatalisme qui montre notamment la crainte ou la peur qui s’est emparée de tous - avec, comme seul destinée, de combattre (au moment de la fermeture des usines ou des bureaux) ; alors qu’il est déjà trop tard.
Il ne s’agit plus dorénavant de "lutte des classes" ou de ce rapport dialectique entre dominants et dominés ; puisque les premiers semblent l’avoir emporté définitivement sur les seconds, faute de combats sérieux relativement à l’exploitation de l’homme par l’homme. Pouget, en tant qu’anarchiste, avait compris le danger d’une lutte se limitant à une attente vis-à-vis du politique. Il rejette la démocratie représentative, parce que cette dernière n’est pas prête à défendre - c’est d’autant plus le cas, maintenant - des salariés qui devraient plutôt compter sur eux-mêmes. Bien sûr, l’action directe telle qu’elle est définie par Pouget évoque les postulats matérialistes en vogue aux XVIIIe et XIXe siècles. La notion de mouvement se retrouve dans les écrits de Paul-Henri Thiry d’Holbach, mais a cet intérêt, chez Pouget, de donner la marche à suivre aux dominés auxquels on a de plus en plus contesté le droit à l’action. Sans revenir au dilemme du sabotage ou du boycottage (voir la deuxième partie du livre qui reprend la brochure de 1911, Le sabotage) - mots qui, dans la bouche d’un syndicaliste, équivaudraient à un appel au meurtre pour l’opinion commune actuelle -, il faut remarquer que le refus de toute défense de ses propres intérêts face aux puissants, y compris l’emploi de la grève, est surtout un moyen de permettre le maintien de notre société dans un conservatisme qui profite essentiellement, encore une fois, à une minorité. » Thomas Dreneau


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